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jeudi 11 juillet 2013

Pigeon

Dans un certain milieu, je me suis fait une réputation de faire des photos de pigeons crevés. Ça m'est certes arrivé à l'occasion, mais la réputation est très surfaite (bref, c'est pas la peine de m'envoyer une photo à chaque fois que vous croisez un pigeon baignant dans ses viscères ; certes, j'aime bien qu'on pense à moi mais il y a une limite à tout).
Juste pour le plaisir des yeux, un pigeon crevé, pendu par les pieds.
Et puis il y a des gens qui sont encore plus frappés que moi, niveau pigeon.
Tiens, par exemple, sur Commons il y a quelqu'un qui s'appelle PigeonIP. Vraisemblablement, c'est pas un pigeon sous IP (quoique, allez savoir, avec toute la technologie, il a peut-être un port USB derrière la tête… je ne sais pas, on ne s'est jamais parlé), mais il fait un superbe boulot de catégorisation des photos de pigeons (comment aviez-vous deviné ?).

Personnellement, j'aime bien faire des photos d'un peu n'importe quoi (des agrafeuses, des portes, des cafetières…) et pourquoi pas des trucs dont je sais qu'il y a matière à en parler. Soyons réalistes, en général je garde ça pour les soirées arrosées, ça fait des sujets de conversation étranges entre gens qui ne peuvent pas aligner deux phrases (en fait, j'aimerais bien me rencontrer, pour savoir si c'est vraiment si rigolo que ça, des gens qui se fâchent sur la cuisson des briques avec les yeux qui se croisent). Et de temps en temps, quand j'ai assez de photos, j'écris un article sur mes sujets à la noix.
Par exemple, j'ai fait un truc sur les fissuromètres en revenant de Chartres. On avait fait une virée à quelques uns, on était entrés en meute dans le truc, et tout le monde a levé le nez et fait une photo de tous les vitraux (ça fait au moins une demi-douzaine de photos pour chaque vitrail). Comme j'avais un torticolis, j'ai regardé le mur : tout lézardé, du coup, j'ai pris ça en photo. Au retour, j'ai trouvé mes photos assez moches, donc j'ai écrit un article pour les mettre quelque part.

Pour en revenir au pigeons, hier je me suis souvenu que j'avais déjà fait des photos ridicules de machins anti-pigeons, que PigeonIP avait catégorisées (j'adore ce pseudo). Coup de bol, derrière la catégorie de Commons, il y avait un article sur Wikipedia en anglais, en allemand et en hébreu. Coup de bol pour moi, je lis vaguement l'anglais. Je me suis donc inspiré de leur article (pourquoi réinventer l'eau tiède ?) pour en écrire un en français.
Tout en l'écrivant, je cherchais sur Commons des photos pour l'illustrer (ça, c'est la version littéraire de la chose, en pratique je cherchais sur les photos des trucs malins à dire). Et je suis tombé sur trois photos de la même statue, prises sur une période de 6 ans par trois photographes différents, et qui mises ensemble, illustrent à peu près toute l'histoire :
  • Thbz, janvier 2006, la statue vêtue de fientes : Ouhouhou ! C'est saaaaale !
  • Harmonia Amanda, mars 2007, la même statues, avec un pigeon sur la tête : ah mais oui mais c'est bien sûr, ça venait de là…
  • Jebulon, juillet 2012, la statue toute propre, avec un filet et des piques : C'est comme ça qu'il faut faire (les piques, c'est cool, mais c'est pas partout adapté, par contre avec la bonne combinaison, c'est bien).
En sauvegardant l'article, J'ai eu ce sentiment d'être sur un sujet fabuleux où on fait des photos sans avoir idée de à quoi elles peuvent servir, et où parfois (il faut savoir comment chercher) on trouve des éléments tout à fait adaptés pour un article imprévu.

Bon, avec tout ça, j'ai perdu un sujet de conversation, moi…

Si vous vous demandez dans quels cas les piques ne sont pas adaptées, voilà :
Les poils pubiens anti-pigeons
… à éviter.
Pigeon […] tu es vraiment le plus agile.

lundi 23 janvier 2012

« Cette image ne peut être utilisée sur Wikipédia ou Wikimédia Commons »

Je suis retombé1 sur une photo que j'avais mise sur Commons il y a un certain temps, et je me suis demandé comme ça qui l'utilisait dans le monde2. Google est mon ami, donc je drag'n'drop la photo de Commons dans images.google3, et ça me renvoie la liste plus ou moins exhaustive des articles de Wikipédia qui utilisent la photo. Et une page sur Structurae.
Mairie du 10e arrondissement de Paris
Photo que j'avais mise sur Commons il y a un certain temps.

Donc je clique sur l'image, le fichier a été copié sur leurs servers, avec une page de description (qui ressemble pas mal à une infobox de Commons, à l'habillage près) et qui reprend le nécessaire (description rapide, le pseudo de l'auteur et un lien vers la licence). Très bien, bravo.

Du coup, puisque je suis là, je me dis que l'ai fait d'autres photos que j'ai placées sous la même licence et qui peuvent servir à illustrer structurae4. La porte Saint-Denis, par exemple5.
Porte Saint-Denis 01
La porte Saint-Denis, donc.
Là, visiblement, ils n'ont pas repris ma photo, ils ont une petite quinzaine de photos « maison ». Les pages de description donnent le nom des photographes, mais selon la « note légale » ce n'est pas sous licence libre :
Cette image peut être utilisée gratuitement pour des usages personnels, académiques ou pour la recherche. Dans tous les cas le ou la photographe et Structurae doivent être mentionnés.
Pour la publication (imprimée, en-ligne ou autre méthode) et/ou l'exploitation commerciale de cette image, par exemple sur un site Internet non-personnel, il faut obtenir la permission du détenteur du copyright et/ou du photographe. Si vous obtenez la permission d'utilisation sur une page Internet vous devez aussi inclure un lien vers Structurae, soit vers cette page-ci, la page de données ou un lien général.
Veuillez contacter Structurae pour obtenir plus d'informations.
Soit. La ligne suivante est carrément explicite et sans détour6 :
Cette image ne peut être utilisée sur Wikipédia ou Wikimédia Commons sans la permission de l'auteur de l'image!

D'où la question suivante : qui sont ces photographes qui versent leurs photos sur structurae pour que structurae puisse monnayer leur droits de reproduction au détail et en gros7 ?
Visiblement c'est n'importe qui qui aura suivi le lien « Aidez Structurae et envoyez-nous vos images! »8 en bas des pages.

Donc, pour résumer… Structurae utilise des photos de Commons en respectant les licences et monnaye les photos qui lui sont directement envoyées.
Personne ne sait si les photographes sont rémunérés dans l'histoire (cela dit, vu que les tarifs ne sont pas indiqués, c'est sans espoir). Quand je prends des photos et que je veux les partager, c'est pour qu'elles servent à tout le monde, pas juste à faire gagner de l'argent à Structurae, c'est pourquoi je les publie sous licence libre sur Commons.

Au passage, je note que structurae vend des espaces publicitaires.
Juste pour leur faire la nique, Wikimedia devrait y mettre les bannières de foundraising, l'an prochain.

Notes
1 Sans me faire mal.
2 Par simple curiosité.
3 En fait non, il y a un gadget firefox qui fait le boulot tout seul et qui sait aussi chercher à des endroits où on ne trouve rien, genre sur Baidu.
4 Ça peut servir à ça, ce n'est pas une obligation non plus. Ils font ce qu'ils veulent sur leur site, je m'en fiche. Tant qu'ils respectent la licence c'est bon pour moi.
5 J'ai fait une photo dont je suis content, ils ont une entrée… allons voir.
6 Et pour la peine, même si j'aime pas le gras (ça fait grossir), je laisse la typo d'origine.
7 Comme le laisse entendre la page liée.
8 Oui, on aime bien le point d'exclamation, sur Structurae. Ça fait enjoué, dynamique, souriant et commercial, sans doute !
  Une dernière note, sans numéro : pour illustrer ce billet, je n'utilise que des photos sous licence libre, stockées sur Commons (et que accessoirement, j'ai prises avec mes petites mains potelées aux doigts boudinés). J'ai bien compris qu'il ne faut pas utiliser le contenu de Structurae. Jamais.

samedi 2 juillet 2011

Auto-interview

Salut.

Ouais.

Tu fais quoi, ces temps-ci, Coyau ?

Orf… je bricole un peu sur le projet Versailles sur Wikipédia.

En pratique, tu fais quoi ?

Ben, comme c'est trop fatiguant, j'écris rien. Il y a des tas de gens motivés pour s'user le bout des doigts, alors je les laisse faire. En fait, je vais me promener à Versailles, et je prends des coups de soleil. Et des photos (donc en fait je participe plus au projet Versailles sur Wikimedia Commons, en fait).

Des photos de quoi ?

De trucs ridicules. J'aime bien les trucs ridicules. Tiens, par exemple, les mecs se sont fatigués à faire un nœud-nœud à pompon à la queue du cheval de Louis XIV. Il paraît que c'est même pas son cheval, d'ailleurs.

Versailles, statue équestre de Louis XIV 01

Ah.

Oui.

Ou bien il y a ça, qui m'a bien fait marrer aussi. Dans le bosquet des Dômes, il y a une statue d'Acis et une de Galatée, tu sais, Acis le berger charme la nymphe Galatée en jouant de la flûte, mais ça ne revient pas au cyclope Polyphème qui aime Galatée, donc il écrase le gamin sous un tas de cailloux et va se faire la fille. Une histoire lamentable. À te dégoûter d'être berger.
Bref, pour en revenir à ça, la statue d'Acis joue du fifre en regardant d'un œil mouillé de miel à gauche et Galatée lève les bras de surprise en regardant à droite (elle est supposée être surprise par le son de la flûte). Tu te dirais comme ça que naturellement, ils se regarderaient et que ça ferait une scène charmante.

Oui.

Ben non. Ils sont à l'envers. Acis s'époumone pour Le Point du jour, qui est en restauration (donc en fait il joue pour un piédestal vide) et Galatée est vraiment surprise de se retrouver à côté de sa frangine Amphitrite.

Parc de Versailles, Bosquet des Dômes, Acis, Jean-Baptiste Tuby 01Parc de Versailles, Bosquet des Dômes, Galatée, Jean-Baptiste Tuby 01
C'est ballot.

Tu as entendu parler de l'opération 24 heures pour un article ?

Oui, vaguement.

Et tu veux bien nous en parler ?

D'accord, si tu veux.
C'est un truc pour motiver les gens à se sortir les doigts… tu couperas ça au montage, hein… pour motiver les gens à rédiger des articles. Parce que si on les laisse tout seuls, ils vont se promener et ils attrapent des coups de soleil. Donc voila, on te dit tel jour, va éditer tel article en même temps que tous les autres, et on regarde en fin de journée ce que ça donne. Dans le principe, c'est sympa, mais ça doit être un cauchemar à organiser : faut trouver un article assez mal fichu pour qu'on puisse jouer à plusieurs, et puis faut trouver un créneau pour que tout le monde puisse être là. Et quand on ajoute à ça le décalage horaire, ça devient une horreur. M'enfin, voila.
Donc là, il fallait améliorer le Grand Trianon en 36 heures (c'est pas parce que ça s'appelle 24 heures qu'on va se laisser enquiquiner par des détails comme ça, on est trop forts, et on fait ce qu'on veut comme Chuck Norris).
Il y aura bien des gens pour te faire des bilans, des comptes-rendus, comparer l'avant et l'après, et des statistiques passionnantes sur l'opération.

Tu as participé ?

Oui, non, en fait j'étais pas sûr. Et puis j'avais pas noté la date. Enfin, je savais que ça venait, mais sans plus. Et puis je me suis rendu compte que c'était le truc au bout de 24 heures. C'est ça qui est beau quand on te dit que 24 heures en durent 36, c'est que même si tu rates le truc, tu es encore bon. Et tu peux ajouter ta zone.

Qu'as-tu ajouté, donc ?

Honnêtement, moi, Trianon, connais pas. J'y suis jamais allé. Mais j'avais sous la main un livre d'histoire de l'architecture française, donc j'ai potassé les 3 pages sur le sujet. Il y a aussi des pages d'illustrations un peu plus loin, mais j'ai pas regardé. Et puis je me suis dit, un truc comme Trianon, on va sûrement en dire des trucs intéressants dans les traités d'architecture, donc j'ai cherché dans le Cours d'architecture de Jacques-François Blondel.
Tiens, à ce sujet, tout le monde se croit très malin en disant juste Blondel. Des Blondel architectes connus dans l'histoire de l'architecture (je te parle pas du type qui a fait le pavillon de mon cousin Gaston), il y en a trois, tous les trois à l'académie royale d'architecture :
  • il y a Nicolas-François qu'on appelle donc François, Ancien dans la querelle des Anciens et des Modernes (il y a eu ça aussi en architecture), il a formalisé le calcul des escaliers (on apprend ça en première année d'archi, la formule de Blondel), il a écrit un traité d'architecture, il a construit la porte Saint-Denis, et la rue Blondel, c'est lui ;
  • il y a Jean-François, qu'on appelle Jean-François, Rouennais, enseignant, sans relations avec le précédent mais oncle du suivant ;
  • et il y a Jacques-François, qu'on appelle Jacques-François, architecte moyen mais grand théoricien selon Pevsner, auteur d'un traité d'architecture, lui aussi.
Bref, ça m'énerve quand on ne met pas les prénoms, parce que ça veut dire qu'on n'a rien compris à ce qu'on dit.

Donc j'ai potassé Jacques-François, qui a publié un petit siècle après la construction, et qui après l'avoir cité en modèle d'élégance n'arrête plus d'en dire du mal (la frise de la cour est trop petite, les pilastres du côté du Grand Canal sont ridicules, du coup faudra que j'aille les voir, ces pilastres, etc.), j'ai copié une citation qui expliquent l'élégance, ça fait plaisir de pouvoir dire, référence à l'appui (sans être taxé de jugement personnel) ça, c'est élégant, et j'en ai mis un autre qui explique l'italianisme, parce que c'est assez évident quand tu as des notions d'histoire de l'architecture française aux temps modernes (ok, ça commence à être un peu spécialisé, mais quand même…), mais si tu ne le sais pas, tu n'as aucun moyen de trouver tout seul.

Et ton bouquin d'histoire ?

Ah oui. Il prenait la poussière. Donc bon, j'ai passé mon après midi à expliquer dans l'article que Louis XIV, qui campait pratiquement au Grand Trianon, a passé des mois à fiche la merde sur le chantier, et à refuser des fenêtres.

Il a refusé des fenêtres ?

Oui. Il est allé voir le menuisier et il a dit non, pas celle-là.

Non ?

Et il ne voulait plus lâcher l'affaire, ça a duré des jours et des jours, il est même allé chercher Le Nôtre pour dire comme lui.

À tel point que Louvois a emmené Louis XIV faire la guerre un peu plus loin, et qu'il fiche la paix à tout le monde sur le chantier, parce que le truc de la fenêtre devenait juste impossible.

Ouah… Nan, j'te crois pas !

C'est dans tous les bouquins, c'est dans les mémoires de Saint-Simon.

Hum… Et ton bilan de l'opération ?

C'est bien, j'ai appris un truc complètement ridicule. Faudrait juste creuser un peu, parce qu'il doit y en avoir d'autres. Je le sens croquignol, le Grand Trianon, faudra que j'aille voir ça.

Et comme tu ne vas pas me demander, je me pose la question avant d'y répondre, avec quel personnage historique j'aimerais dîner. Saint-Simon.

Merci.

lundi 29 novembre 2010

Comment écrire un chouette petit article sans rien y connaitre, travaux pratiques

On m'a envoyé un mail qui disait en substance « Oh, oh, oh ! regarde ça » (je résume). En général, je ne lis pas les mails qui commencent par une voyelle. C'est une question de principe. Comme tout bon principe qui se respecte, il faut y faire des entorses de temps en temps. Donc j'ai lu, avec 15 jours de retard.

Comme vous avez cliqué plus haut, vous avez compris qu'effectivement ça valait le coup de se tordre de rire.

Arrivé à ce point, je me demande ce qu'en dit Wikipédia. Du laconique, on passe au télégraphique : « Le 4 novembre 2010, un pan du clocher de l'église s'effondre. » ajouté le jour même dans le paragraphe Histoire de la commune. C'est d'ailleurs la seule chose qui est dite de l'histoire de la commune.

« Uh-uh, me dis-je en moi-même, au travail ! », car j'ai le sens de la répartie. Et je commence à préparer un canevas d'article. Autant dire que je ne connais rien de cette histoire, de cette église, mais une rapide recherche sur la base Mérimée, sur la base Palissy, sur la carte, etc. je me rend compte qu'il y a des choses à dire sur l'église en question (elle est là depuis 8 ou 9 siècles, il y a des tas de trucs et de machins dedans, elle a été étudiée par des gens compétents, etc.)

Donc je sors mon manuel du « comment faire quand il y a à dire, mais que je n'en sais rien » (paragraphe Petit a, grand 1 : créer une ébauche sympa avec trois bâtons et un bout de ficelle). Et je lance la chose.

Bien sûr, si vous passez dans le coin, vous pouvez prendre des photos, en plus de faire des photos originales, ça permettra de pousser l'article un peu plus loin.

mardi 17 août 2010

Remplir les ébauches

En lisant le dernier billet (brillant) de l'ami Poulpy, sur la rédaction à vide, je me dis qu'avec des illustrations, on peut faire illusion.

Un exemple : l'église Saint-Pierre d'Airvault, que je ne connais pas. Enfin, que je connais wikipédiennement parlant, vu qu'on m'a signalé une discussion, que ça aurait été bien que j'écrive un article sur l'église parce qu'il fallait sauver la liste des abbés.
Paraît-il.
Enfin, c'est ce que j'ai compris, parce que la discussion était trop longue : j'ai pas lu.
Bon, Poulpy s'y est finalement collé (je suis cossard). Pour le remercier d'être allé au charbon, je n'ai même pas lu l'article. Enfin, pas tout de suite.
Bref, quand je suis arrivé dessus, ça ressemblait à ça. Tout à fait la coquille vide avec des flèches « Éditez ici », avec un début de velléité d'historique qui demanderait à être (un peu) étayé.
Le bon point de l'article, c'est qu'il y a un plan et des photos.
Donc, une fois qu'on a mis le plan en texte, on a gagné en accessibilité (d'une part) et on a gagné en sérieux (le sérieux d'un article se mesure au poids, là, on a gagné plus de 2 kilos, et le texte descend en-dessous de la photo — sur mon écran du moins).
Bon, en relisant l'article, on devrait pouvoir expliquer comment une abbatiale s'est retrouvée en paroissiale. De quoi faire un joli paragraphe.

Un autre moyen de faire illusion (mais c'est pas donné à tout le monde), c'est de connaître un tant soit peu le sujet (disons, d'y être allé). Bon, déjà, ça permet de faire soi-même les illustrations (photos, etc.)
Et pour le texte, ben c'est là. Grosso modo, c'est de la description de photo.

Note : en regardant la carte d'état major (genre TOP25), on peut se faire un petit paragraphe sur la localisation sans trop se cassez la binette.

vendredi 2 juillet 2010

Les Halles

Depuis 2003, on parle de la rénovation des Forum des Halles de Paris, ça devait commencer cet été. Mais le permis de démolir a été annulé en mai. On ne peut pas dire qu'on n'a pas été prévenus. Et pourtant…

Et pourtant, si Wikipédia avait un article (succinct, certes) sur Claude Vasconi (l'un des deux architectes des Halles) il a fallu attendre que l'autre architecte (celui qui n'est pas mort) se mette à critiquer le nouveau projet pour que je me réveille et que j'aille voir s'il avait un article.

Et bien non, il a fallu que je fasse une ébauche de début d'article sur Georges Pencreac'h.

Au passage, on notera que la deuxième tranche de construction de Paul Chemetov (place carrée) est complètement absente de l'article.

jeudi 6 mai 2010

La porte !

De temps en temps, pour ne pas tourner bourrique, je fais prendre l'air à mon appareil photo. Bon, ça semble banal, surtout quand on a un appareil photo, mais en ce qui me concerne ces temps-ci, c'est salutaire.

L'autre jour, j'ai fait le tour de la place des Vosges. J'aime bien la place des Vosges.

Comme de bien entendu, j'avais préparé ma sortie en jetant un œil sur la catégorie de Commons (qu'est-ce qu'on a, qu'est-ce qu'on n'a pas…), histoire de ne pas doublonner pour le plaisir. On a à peu près ce qu'il faut question vues générales, on peut toujours pinailler mais on a de quoi décrire l'ensemble et donner l'atmosphère. Mais question détails et description systématique, on est un peu léger.

Au premier coup d'œil on se dit comme ça que tout est pareil, et qu'on ne va pas s'enquiquiner à tout regarder dans le détail (parce que bon, on n'a pas que ça à faire). Bon, en fait (je vous donne tout de suite la solution), tous les bâtiments sont différents. Les différences sont minimes, certes (quoiqu'on puisse toujours en discuter) : ici les fenêtres ont été agrandies, là le truc s'est à moitié effondré, ici on a des vraies briques, là ce sont des fausses et qui dégoulinent sur la pierre (photo), etc.

Comme la saison était un peu avancée, les arbres du square avaient déjà débourré : un peu tard pour prendre tous les pavillons de face (il faudra que je fasse ça l'hiver prochain ou celui d'après). Je me suis donc rabattu sur les portes. J'aime bien les portes.

Le résultat est ici. Il y en a des toutes neuves et très laides, il y en a qui sont d'origine, il y en a des vertes, il y en a des rouges, il y en a des déglinguées et une en réparation.

Faites votre marché.

vendredi 26 février 2010

On ne pense pas assez souvent à faire le portrait d'un mur en briques.

En cherchant un peu dans un vieux disque dur, je suis retombé sur des photos de murs en briques que j'avais faites un jour de désespoir (je n'arriverai pas à dissimuler ma passion pour les briques). Je m'étais bien fatigué pour me mettre bien en face, en prenant des attitudes tout à fait ridicules (pieds un peu écartés, jambes un peu pliées, fesses en arrière, cheveux au vent, l'air concentré et tout rouge à force de retenir mon souffle).

On ne pense pas assez souvent à faire le portrait d'un mur en briques. D'ailleurs on peut faire plein de photos dans ce genre : des portes, des fenêtres, etc.
 

Ça n'est peut-être pas très exploitable dans une encyclopédie (quoique…), mais on peut toujours les caser dans un dictionnaire.
En systématisant le truc, en décrivant correctement toutes les photos, en faisant les recherches historiques qui conviennent, on pourrait même envisager de concurrencer les relevés du Centre de recherche des monuments historiques. Bien sûr, il y a une marge conséquente entre mes 2 petites photos un peu tartes (il faut regarder les choses en face) et les analyses typologiques et chronologiques du CRMH. Peut-être que dans 10 ou 20 ans…

En attendant, je crois que je vais continuer à prendre l'air malin pour prendre des photos de moitiés de portes, vu que je ne suis pas le seul à le faire !



Je me demande vraiment pourquoi j'ai écrit ça.

vendredi 22 janvier 2010

Projets de trente fontaines pour l’embellissement de la ville de Paris


Puisque je me suis promené un peu sur Wikisource, je me suis dit comme ça que je pouvais vous faire part de mes lectures instructives et édifiantes. Voici donc Projets de trente fontaines pour l’embellissement de la ville de Paris de Adrien-Louis Lusson, illustre inconnu, Paris, 1835.

L’auteur


Adrien-Louis Lusson (1788-1864), architecte Fléchois, agent voyer à Paris, et aussi architecte de l’octroi (comme l’infâme Ledoux un peu plus tôt, bâtisseur du « le mur murant paris rend Paris murmurant » juste avant la Révolution).
Il était aussi architecte (ça peut arriver à tout le monde), mais ses œuvres sont principalement dans sa Sarthe natale.
D’un point de vue wikipédien, il présente le grand inconvénient d’avoir plusieurs homonymes dont une famille de maîtres-verriers actifs (Antoine Lusson le père, Antoine Lusson fils), un architecte (Auguste Lusson, auteur du passage du Bourg-l’Abbé). Et tout ce joyeux petit monde, non content d’avoir été actif sensiblement à la même période, a même collaboré sur des chantiers (je pense à l’église Saint-Eugène-Sainte-Cécile, qui m’a déjà fait m’arracher les cheveux : selon les auteurs elle est due à Louis-Auguste Boileau, avec ou sans Adrien-Louis Lusson, et les vitraux sont de Antoine Lusson).
Attention aux moteurs de recherche, donc. Et croisez vos sources si vous essayez d’en dire quoi que ce soit.

Le contenu


Introduction
Dans les introductions vont les généralités : Lusson commence donc par une dissertation sur les besoins en eaux dans les grandes villes, sur les moyens d’adduction, sur les bienfaits de l’eau (assainissement, embellissement), etc. Il fait le détour obligatoire par les aqueducs romains et les fontaines de Rome, avec lesquelles il entend bien tenir la comparaison.
Puis il entre dans le vif de son propos : ses projets de fontaines. Il fait la promotion d’un nouveau matériau : la fonte de fer – qui a été effectivement utilisé dans les fontaines, voir par exemple celles de la place de la Concorde (je mets une photo), juste après la publication de cette plaquette – matériau économique, durable (au vu du climat parisien), et plus adapté aux fontaines que le marbre ou le bronze. En un mot, la solution à tous les problèmes de fontaines qu’on s’était posés jusque là.
Enfin, il plaide pour la construction de nouvelles fontaines un peu partout dans Paris, en déplorant les allers-retours politiques des années précédentes en matière d’implantation de fontaines et en mettant la statistique au service de la fontaine pour démontrer à quel point son projet de couvrir Paris de fontaines est nécessaire – l’ouvrage typique du fonctionnaire frustré dans sa créativité qui veut faire savoir au monde entier à quel point il est incompris et brimé par sa hiérarchie.
Il termine sur des grandes intentions : faire dans le magnifique (malgré la pénurie d’eau), sans oublier la bienséance (en gros, éviter d’employer les ordres architecturaux, parce que ça ferait un peu trop lourdaud pour des fontaines).

Prolégomènes
Lusson commence par un historique de l’eau à Paris sous l’angle des fontaines, avec des estimations à différentes dates de l’approvisionnement en eau et de la population. Avant de se précipiter pour ré-injecter tout ça dans Wikipédia, il faut commencer par vérifier les méthode d’évaluation (Lusson n’est pas démographe, il ne donne pas toutes ses sources, et les estimation de quantités d’eau sentent la méthode dite du doigt mouillé) et convertir les quantités dans le système métrique (avant même de parler de système international), vu qu’il est en vigueur en France depuis 1850, comme chacun sait. Lusson cite chaque fontaine créée (dont certaines ont changé de nom, ou bien on été déplacées ou encore ont été démolies).
Dans la catégorie magouille spéculative, on a les mésaventures de la compagnie Perrier :
Les quatre premières fontaines marchandes, dites à tonneaux, établies par la compagnie Perrier, datent de 1782, ce sont celles de la Porte-Saint-Honoré, de la Chaussée-d’Antin, de la Porte-Saint-Denis, de l’entrée de la rue du Temple (…). Les dépenses de l’établissement de ces pompes et de leurs conduits souterrains ayant dépassé toutes les prévisions, et le produit de la vente publique, réuni à celui des concessions à domicile, ne pouvant suffire aux engagements contractés par la compagnie, les actionnaires se pressèrent de trafiquer et de se défaire de leurs titres qui, par un fait assez difficile à expliquer aujourd’hui, vinrent s’amonceler au trésor royal. C’est ainsi que le gouvernement se vit en peu de temps propriétaire unique d’une entreprise que lui seul pouvait soutenir et faire prospérer.

Lusson reconnaît qu’il a eu des difficultés à se dépatouiller des archives qu’il a consultées – dure réalité du métier d’historien –, en particulier quand les projets ont changé ou été déplacé (voire même ont été annulés) entre le décret et la réalisation :
Comme cela était arrivé dans d’autres temps, en pareille circonstance, le décret de Napoléon ne fut suivi exactement ni pour le nombre, ni pour l’emplacement des fontaines. Ceci n’est point un blâme adressé à l’autorité, mais une excuse pour moi, si, sur la foi de documents de même nature que le décret de 1806, il m’est arrivé de citer comme ayant existé en tel ou tel lieu des monuments qui n’ont peut-être jamais été qu’ordonnés.

Et un petit coup de brosse à reluire pour finir, ça ne mange pas de pain – je vous livre ça tel quel, et je ne vous ferai pas d’interprétation hasardeuse de ce magnifique double sens :
À ces nouveaux et utiles établissements hydrauliques ajoutés aux anciens, le Corps municipal de Paris se propose d’élever sur plusieurs places et promenades publiques des fontaines monumentales dignes de la grande ville qu’elles doivent embellir ; faisons des vœux pour que leur érection soit prochaine, et réponde à ce qu’on est en droit d’attendre d’une administration riche et éclairée.


Les projets
Comme je l’ai laissé entendre plus haut, et pour le dire vite, ça sent le casse-plume frustré, l’artiste au sens romantique du terme, le génie méconnu, qui trouve que son boulot refusé par une administration sujette aux variations politiques, valait la peine d’être diffusé.
Et quand on parle d’architecture, il y a un nom pour ce genre de contenu : « architecture de papier », avec toute la condescendance qu’on peut y mettre (un peu comme tigre de papier). C’est le moyen d’expression auquel recourent les architectes en mal de construction, par exemple Étienne-Louis Boullée. Après avoir fait de la promotion immobilière dans la Chaussée d’Antin (comprendre : acheté les terrains, construit les immeubles et revendu le tout avec bénéfice) – tout a été démoli par la suite, mais c’est une autre histoire –, la Révolution est passée par là, la construction s’est arrêtée, et Boullée s’est lancé dans l’utopie : il s’est dégagé des contraintes physiques de la construction pour aller dans le gigantisme grandiose (je vous mets le cénotaphe à Newton, d’après la taille des gens – les fourmis en bas – la sphère fait environ 90 m de diamètre).

Autant le dire tout de suite, Lusson n’a pas le génie de Boullée : il ne propose rien qui va vous scotcher à votre fauteuil comme le dernier film à effets spéciaux, il se cantonne à la fontaine publique.
C’est aussi difficile de le qualifier d’utopiste parce que ses projets sont localisés très précisément, et même, pour donner dans l’anachronisme, « contextualistes ».
On est en plein dans le règne de Louis-Philippe, souvenez-vous au passage que cette période, en particulier en matière d’histoire de l’art, est plutôt sujette à plaisanteries – voir les Tontons flingueurs : « (…) l’ironie du primate, humour Louis-Philippard, le sarcasme prudhommesque (…) ».
On a plutôt affaire ici à ce genre de travaux d’étudiants – les 30 projets sont traités de façon très disparate : certains sont expédiés avec désinvolture, d’autres sont justifiés en fonction de leur position – où le grandiose de l’ambition n’a d’égal que l’absence de programme et par suite la vanité du propos. Voir par exemple :
Sa position en avant de l’un des édifices les plus importants de la Capitale, la magnificence des palais qui l’avoisinent, aussi bien que l’affluence des étrangers que les merveilles des arts et de l’industrie attirent dans ce quartier, m’ont fait donner la préférence à un monument qui fût à la fois fontaine publique et colonne triomphale en l’honneur de quelque grand personnage de notre histoire.

C’est bien de célébrer un grand personnage, c’est quand même mieux de savoir lequel.
On a au passage des jugements sur la qualité de tel ou tel bâtiment ou projet.
(…) le portail de l’Hôtel-Dieu construit par Clavareau sous l’inspiration des temples de l’antiquité, et qui, malgré sa mâle simplicité, paraît si chétif auprès du colosse gothique.


Ou bien des leçons de convenance (à l’usage des jeunes architectes, si tant est qu’il s’en trouve encore aujourd’hui pour vouloir mettre des colonnes un peu partout) :
(…) il faut s’abstenir autant qu’il est possible d’employer les ordres d’architecture dans la composition où la décoration des fontaines ; leur gravité, leur sévérité convient peu à de tels monuments, dont l’effet doit être tout de mouvement. S’il est des cas où il est permis d’en faire usage, c’est lorsqu’on peut les animer par un grand volume d’eau (…) ou lorsqu’il s’agit uniquement d’un château réservoir.

Le but réel de l’ouvrage est énoncé à la fin. Il s’agit du concours pour le réaménagement de la place Louis XV (l’actuelle place de la Concorde), auquel Lusson a participé et auquel il consacre ses deux dernières planches.
La place Louis XV est un unicum en matière de place. Les places sont généralement définies principalement par les bâtiments qui les entourent, c’est ce qu’on apprend partout. La place Louis XV, depuis sa conception par Ange-Jacques Gabriel, n’est bordée qu’au nord par une façade, les côtés sont marqués par des fossés (voir l’image qui suit).

La place Louis XV, rebaptisée de la Concorde sous la terreur reste jusqu’à la Restauration un enjeu symbolique important des régimes qui se succèdent, elle est donc régulièrement réaménagée. C’est finalement sous la maîtrise d’œuvre de Jacques Hittorff, que la place a été réaménagée entre 1836 et 1846, avec deux fontaines dans l’axe de la rue Royale qui encadrent l’obélisque de Louxor au centre. Les fossés ont été comblés en 1854 pour faciliter la circulation.

Il faut savoir que les places royales (et la place Louis XV est est une) sont faites pour célébrer un monarque, elles sont donc organisées autour de la statue du monarque, et quand on change de régime, on peut changer la statue (c’est ce qui s’est passé justement sur la place Louis XV, où se sont succédées les statues de Louis XV, de la Liberté, de Charlemagne, de Louis XVI, ou bien sur la place Vendôme, où Napoléon a remplacé Louis XIV), l’obélisque de Louxor a remplacé les statues de monarques, sur décision de Louis-Philippe, de manière à occuper la place avec un élément étranger à l’histoire de France et donc à empêcher les querelles de mémoire. Elles sont organisées comme des salons privés dans la ville, à l’écart des voies de circulations, où l’on peut célébrer sans être dérangé par l’activité de la ville (la place des Vosges est à l’écart de la rue Saint-Antoine, la place Dauphine à l’écart du Pont-Neuf et de la rue Dauphine, la place Vendôme à l’écart de la rue Saint-Honoré, pour ne parler que des places royales parisiennes), la place Louis XV a la particularité d’avoir été conçue en dehors de la ville (elle était donc à l’écart des circulations), et c’est la ville en s’étendant au-delà qui en a fait un carrefour passant.

Lusson propose (voir la planche XI) de poursuivre la rue Royale et l’avenue des Champs-Élysées et de les faire se croiser au milieu de la place sur une sorte de carrefour (sans statue), les quartiers sont occupés par des fontaines dont le jet d’eau monte à 12 mètres.
La proposition de Lusson, bien qu’elle soit présentée de façon séduisante, est en fait assez mesquine. Le carrefour central revient à faire de cette place un monument à la circulation hippomobile (vue l’époque). La solution d’occuper la place avec l’obélisque de Louxor (qui s’est finalement avérée payante, avec un siècle et demi de recul, puisqu’il est toujours en place) est balayée d’un revers de main, et toute l’attention est finalement portée sur la décoration (fontaines, jets d’eau, dallages polychromes, piédestaux, candélabres, etc.)
Je ne dirai rien non plus de cet Obélisque de Louqsor qu’on a voulu un moment élever au milieu de cette place et dont la destination paraît incertaine aujourd’hui, quand sa place naturelle est au centre de la cour du Louvre, puisque ce palais renferme dans ses murs nos plus précieux monuments des arts et de l’antiquité.

Le projet de Lusson, fait pour ne nuire à rien et à personne manque finalement d’ambition. C’est sans doute pour ça qu’il n’a pas été retenu : il lui manque la vision des vrais enjeux posés par cette place, qu’il contourne en en faisant un exercice formaliste d’ornementation.
Un coup d’œil jeté sur la gravure ci-jointe suffira pour faire reconnaître que ses dispositions symétriques et régulières sont favorables à la circulation des piétons comme à celle des voitures, qu’elles ne nuisent à aucun des points de vue, à aucun des monuments qui avoisinent la place (…)


Arrivé là, je suis à peu près certain d’avoir perdu tout le monde. Je m’arrête, donc.